Assurances – Perspectives : Changement de paradigme

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Le secteur des assurances est en voie d’entamer un virage serré pour poursuivre son évolution. L’activité devra faire face à de nombreux enjeux liés particulièrement à la transformation digitale, l’inflation, les nouveaux modes de mobilité et l’apparition de nouveaux acteurs.

La branche automobile représente une filière importante des assurances. Elle génère 36% des primes émises non vie dans le monde. Au Maroc, elle pèse 14 milliards de DH, soit près de 26% du chiffre d’affaires généré par le secteur.

L’activité devrait accompagner les nouveaux bouleversements de l’univers automobile dont la percée de la voiture électrique et hybride, les nouvelles préférences de mobilité ou la montée en puissance du digital.

Tous ces éléments ont été largement débattus par des intervenants de renom lors de la 9ème édition des rendez-vous annuels de l’assurance organisée dernièrement à Casablanca.

Dans ce cadre, Othman Khalil El Alamy, président par intérim et secrétaire général de l’Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale (ACAPS), a souligné que «l’avènement de la voiture électrique introduira un autre paradigme avec la responsabilité et le risque. Avec la voiture autonome, le conducteur est l’Operating system. L’humain devient un simple passager. En cas d’accident, la responsabilité est désormais portée par le concepteur du logiciel». Il ajoute que «dans un tel paysage, on ne sait même pas si la notion d’accident telle que nous la connaissons aujourd’hui, va encore exister. L’Operating system s’acquitte si bien de sa tâche que la probabilité d’avoir un accident est plus faible que celle d’un automobiliste. Pour les compagnies d’assurances dont le business model est basé sur le risque d’accident, un changement de paradigme est donc à prévoir».

Sous l’effet de la hausse des prix du carburant, des frais de transport et des problèmes de circulation, les modes de mobilité, notamment le covoiturage et l’autopartage, ont de plus en plus le vent en poupe. Le succès de ce phénomène s’explique par la flexibilité, l’accessibilité et le faible coût qui s’est développé avec les nouvelles technologies.

«Face à ces nouveaux défis, le métier de l’assureur doit s’adapter tant sur la forme que sur le fond. Il doit être repensé en incluant l’utilisation de la data et en renforçant la présence de la dématérialisation. Il est essentiel de se préparer à l’émergence d’un écosystème de mobilité connectée, amplifié par les gérants de la tech. L’offre de l’assurance s’adressera donc à des propriétaires de flotte ou gestionnaires de plateformes plutôt qu’à des particuliers», explique El Alamy.

Pour se préparer à ces nouveaux changements, l’ACAPS, en partenariat avec les professionnels du secteur, annonce la mise en place d’une cellule dédiée à l’innovation et aux insurtech dont les missions consistent à servir l’inclusion mais aussi de contribuer à préparer les acteurs du marché à affronter les défis de demain. La digitalisation gagne rapidement du terrain. L’assurance figure parmi les secteurs les plus impliqués dans cette transition numérique. Le e-constat est un bon exemple de l’apport du numérique dans le secteur.

«C’est un moyen efficace pour lutter contre certaines formes de fraude», s’est félicité Mohamed Hassan Bensalah, président de la Fédération marocaine des sociétés d’assurances et de réassurance (FMSAR).

Mais le véritable chantier que tout le monde attend, est celui de la dématérialisation de l’assurance automobile. Et bien que la nouvelle circulaire de l’ACAPS publiée en 2022 le prévoie, ce mécanisme, objet de tensions avec les distributeurs qui y voient une perte directe d’un marché colossal, n’est pas encore opérationnel.

Les nouveaux défis à relever par le secteur des assurances en général et la branche automobile en particulier nécessitent la réforme des textes de loi et réglementation pour les adapter à l’évolution de l’activité. Il est question de stimuler l’innovation et favoriser la concurrence pour mieux servir l’assuré et permettre l’installation de l’inclusion financière. L’autorité de tutelle prépare aussi le projet de solvabilité basé sur les risques. Elle est amenée à libérer également les critères tarifaires et instaurer une véritable concurrence dans l’assurance automobile obligatoire.

Révision du système d’indemnisation

La revalorisation des indemnisations des victimes des accidents de la circulation s’impose. Le système existant actuellement et qui a été mis en place au début des années 80, a montré ses limites. Il est donc opportun de lancer un dispositif plus juste et plus rapide. Il doit tenir compte de l’inflation afin de permettre aux citoyens de faire face au renchérissement du coût de la vie. C’est un phénomène qu’il faudra surveiller de près pour ne pas déstabiliser les résultats techniques des compagnies, alors que les marchés financiers connaissent des performances négatives.

Les autorités de tutelle investissent de nouvelles pistes de réflexion pour tenter de trouver des solutions équilibrées qui préservent les intérêts des uns et des autres.