8 mars : L’automobile se donne des «elles»…

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Ainsi que le préconise une société de crédit française dans ses spots publicitaires, il est temps de combattre les préjugés, les idées reçues. En effet, l’automobile a longtemps été perçue comme une affaire d’hommes, en matière de conduite aussi bien qu’au plan de l’achat de véhicule, de l’emploi dans cette filière, ou des forces en présence dans l’univers du sport auto…

Les choses changent, certes, mais pas à l’allure qu’il faudrait. Alors que l’Arabie Saoudite a décidé, en septembre dernier, de lever l’interdiction de conduire contre les femmes, des résistances persistent aux quatre coins du globe.

Saïda Karim Lamrani, PDG de Smeia, importateur exclusif de BMW, Jaguar, Land Rover, Mini et Mazda.

Il est toujours fréquent d’entendre un adage d’un autre âge : «Femme au volant, mort au tournant». Ce n’est pas seulement insultant, mais, avant tout, complètement controuvé ! Pour être plus proche de la réalité, il faudrait pasticher cette maxime : «Femme au volant, sexisme (ou réflexes moyenâgeux) au tournant». Car les chiffres sont formels : les femmes conduisent plus prudemment – et donc mieux – que les hommes ! En France, où les statisticiens sont beaucoup moins paresseux que chez nous, un rapport sénatorial diligenté en 2016 par les sénatrices Chantal Jouanno (UDI) et Christiane Hummel (LR) avait révélé qu’en 2014, «82,5% des accidents mortels avaient des hommes pour auteurs présumés». De toute façon, à l’heure où la conduite autonome fait figure d’Eldorado aux yeux des constructeurs, un tel débat n’a pas lieu d’être. Dans quelques années, quand, par exemple, les systèmes de stationnement automatique deviendront la norme, les femmes comme les hommes ne sauront plus réussir le moindre créneau…    

Autre stéréotype (ou plutôt stéréo-sale-type) qui a la peau dure, celui selon lequel les bonnes femmes ne sont bonnes qu’à conduire de petites citadines anémiques. Parce qu’elles ne sont plus les obligées des hommes économiquement parlant, de plus en plus de femmes, choisissent elles-mêmes leur voiture. Et leur choix ne se porte pas automatiquement sur les modèles que la doxa machiste a longtemps qualifiés de voitures de femmes.

Jetez un œil autour de vous – mais aussi au florilège de photos que nous avons sélectionné pour vous et qui agrémente les pages qui suivent. Les femmes conduisent des gros SUV, des sportives, etc. Car ce n’est pas le genre, mais plutôt la catégorie socioprofessionnelle, ou le compte en banque, qui conditionne le choix du véhicule.

Les constructeurs ont dû faire face à la féminisation progressive de la clientèle. Ils sont bien décidés à séduire cette acheteuse potentielle. Et cela ne passe pas nécessairement par la vente de voitures roses ou disposant de boîtes à gants contenant un «kit de premier maquillage»… La femme ne choisit pas sa voiture comme s’il s’agissait de quelque accessoire de mode. Elle applique scrupuleusement les mêmes critères de sélection que l’homme. Elle aussi craque pour telle voiture ou pour telle autre parce que c’est un objet qui reflète sa réussite, son appartenance à une caste donnée. 

Mary Barra a été la première femme nommée à la tête d’un grand constructeur automobile, General Motors en l’occurrence.

Prise de pouvoir

Certaines femmes ont aussi pris le pouvoir, professionnellement parlant, au sein du secteur de l’automobile. Le 10 décembre 2013 est à marquer d’une pierre blanche ! Ce jour-là, Mary Barra (fille d’un ouvrier de General Motors) a été nommée directrice générale du constructeur numéro un aux Etats-Unis, devenant ainsi la première femme à prendre possession des manettes d’un grand constructeur automobile.

Ceci étant dit, beaucoup de chemin reste à parcourir. Les statisticiens hexagonaux (encore eux !), notamment ceux du Conseil national des professions de l’automobile (CNPA), indiquent que «78% des employés de la branche des services de l’automobile sont des hommes» (données de 2015). Au Maroc, la parité doit être encore moins respectée – à vue de nez, en tout cas -, même si de plus en plus de postes stratégiques au sein d’entreprises distributrices des marques automobiles, ou encore au sein d’équipementiers locaux, sont désormais occupés par des femmes. Citons Salma Moukbil, qui vient d’être nommée directrice générale de Toyota du Maroc, ou encore Hala Gmira, nommée quelques mois plus tôt directrice générale d’Univers Motors, importateur exclusif de Honda et Seat. Comment ne pas citer aussi Saïda Karim Lamrani, PDG de Smeia, distributeur exclusif de BMW, Jaguar, Land Rover, Mini et Mazda.

Michèle Mouton a prouvé au cours de sa carrière que son coup de volant n’avait rien à envier à celui des pilotes masculins les plus aguerris !

Les mentalités changent, mais pas aussi vite qu’on le souhaiterait. Même constat au niveau du sport automobile. Perçu comme un domaine où la testostérone est fortement requise, l’univers de la course s’ouvre progressivement aux femmes. On peut porter des talons aiguilles au quotidien et être, en parallèle, une pro de la technique de pilotage dite du talon-pointe… 

Certes, il y a eu le précédent Michèle Mouton, cette grande pilote française de rallye qui a été vice-championne du monde des rallyes en 1982, au volant d’une Audi Quattro S1, et qui a également remporté la course de côte la plus célèbre du globe, Pikes Peak, en 1985. Il y a aussi eu, auparavant, l’Italienne Maria Teresa de Filippis, qui a participé à trois GP de Formule 1 en 1958, et sa compatriote Maria Grazia «Lella» Lombardi, qui a pris le départ de 12 GP entre 1974 et 1976. Si leur palmarès est resté vierge, elles ont tout de même eu le mérite de côtoyer des top guns au sein de la catégorie reine du sport auto. Mais ces trois destins exceptionnels sont les arbres qui cachent la forêt. En Formule 1, seuls des baquets de pilotes essayeurs ont été accordés à des femmes, notamment à la Britannique Susie Wolff (Williams F1), qui a pris régulièrement part à des séances d’essais lors des saisons 2014 et 2015.

Même son de cloche dans les paddocks, où l’Indo-autrichienne Monisha Kaltenborn a été la première femme à décrocher le poste de Team Principal, chapeautant l’écurie Sauber de 2010 à juin 2017, quand la Britannique Claire Williams a été nommée en mars 2013 Team Principal adjoint de l’écurie fondée par son père.

En Formule 1, il a été décidé que les Grid Girls tourneraient les talons…

La fin de la femme objet ?

Toujours en F1, une décision prise récemment par le nouveau promoteur de cette discipline, l’Américain Liberty Media, a dû mettre du baume au cœur des féministes. En effet, les fameuses Grid Girls (ou Pit Babes), ces hôtesses aux tenues très «hot», ne feront plus grimper la température au niveau de la grille de départ des grands prix. «Employer des Grid Girls a été un élément de base pour les Grands Prix de Formule 1 pendant des décennies, mais nous avons le sentiment que cette coutume ne fait pas écho à nos valeurs et qu’elle est clairement en contradiction avec les normes sociétales modernes. Nous ne pensons pas que cette pratique soit appropriée ou pertinente pour la Formule 1 et ses fans, anciens comme nouveaux, à travers le monde», a indiqué Sean Bratches, directeur commercial de la Formule 1.

Prise en septembre 2017, la décision de permettre aux femmes saoudiennes de conduire prendra effet en juin 2018.

La filière automobile dans toute sa diversité ne cantonne plus la femme au rôle de pin up, de femme-objet, de faire-valoir. En devenant moins «hémiplégique», moins centrée sur l’homme et ses desiderata, cette filière a engagé un irrésistible processus win-win après avoir compris que c’est un non-sens de se passer, à cause de bêtes idées reçues, de la moitié de la population du globe, de la moitié de la clientèle potentielle, de la moitié des managers, des pilotes…

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