Mobilité urbaine

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Le VTC à la loupe !

Dans les métropoles des pays les plus avancés, les VTC (voitures de tourisme avec chauffeur) font désormais partie du paysage. Depuis peu, des structures proposant ce service ont également pignon sur rue au Maroc, à Casablanca essentiellement. Décryptage.

Le VTC a toujours existé. La doxa s’accorde à dire que cette profession a vu le jour en France, à l’époque de Louis XIV. Seulement, il s’agissait de VGR (voiture de grande remise), voire de FTC (fiacres de tourisme avec cocher), plutôt que de VTC…

Sans remonter à des temps aussi immémoriaux, voilà une bonne quinzaine d’années que les VTC ont le vent en poupe aux Etats-Unis et dans les pays européens et asiatiques les plus à la pointe en matière de solutions de mobilité. Et pour cause : du fait de la révolution numérique, de l’apport du Big Data, ou encore de l’avènement du smartphone, de nouvelles solutions de mobilité ont germé.

Depuis peu, des prestataires de VTC ont osé s’aventurer sur le marché marocain malgré l’absence de cadre légal et la torpeur de nos législateurs, qui ne vont que trop rarement aussi vite que la musique, le progrès, la marche du monde… Quelques start-up marocaines spécialisées dans le VTC (comme votrechauffeur.ma) ont pignon sur rue depuis deux ans. Et, en juillet dernier, Uber, géant mondial des nouvelles solutions de mobilité, présent dans près de 250 villes aux quatre coins du globe, leur a emboîté le pas en lançant UberX à Casablanca.

Service connecté…  

PRATIQUE 3La plupart de ces prestataires, nationaux ou planétaires, dispose d’une interface numérique, d’un site Internet, d’une appli mobile et/ou d’une hotline. Autant d’outils destinés à mettre en relation chauffeurs et clients, mais aussi à permettre à ce dernier de bénéficier de tout un tas d’avantages par rapport à la prestation offerte par un taxi classique.

Ainsi, afin d’éviter les mauvaises surprises, il est possible d’obtenir une estimation du prix d’une course, de «checker» en temps réel, sur son smartphone ou son ordi, la disponibilité d’un véhicule grâce à la géolocalisation, puis de le commander et de suivre sa progression.

Les logiciels les plus pointus permettent carrément de découvrir l’identité et/ou la photo du chauffeur, voire la plaque d’immatriculation de son véhicule. De plus, il est possible d’accéder à sa fiche d’évaluation, qui comporte les notes lui ayant été attribuées par ses précédents clients.

Enfin, l’usager a aussi la possibilité de mutualiser les coûts en pratiquant l’autopartage. En Europe, les leaders du marché disposent, sur leur site Web et leur appli mobile, d’une rubrique visant à mettre en relation les personnes intéressées par les mêmes trajets.

Puisqu’il est question de «douloureuse», sachez qu’au moins deux modes de paiement s’offrent habituellement aux utilisateurs de VTC : le paiement en ligne (sur des plateformes sécurisées) ou en espèces, une fois la course achevée.

En général, les tarifs pratiqués par les VTC sont supérieurs à ceux des taxis. Prenons le cas d’UberX : le service est facturé 5 dirhams par kilomètre et 0,5 dirham par minute, avec un prix de course minimum de 30 DH (contre 7,50 dirhams pour les taxis rouges de Casablanca).

Chez le concurrent local le plus costaud d’Uber, Votrechaffeur.Ma, entreprise qui opère sur Casablanca depuis bientôt deux ans, une course dans Casa intra-muros (entre la station Total du boulevard Al Massira et l’avenue Hassan 1er, à hauteur du lycée Ibn Toumert) nous a été facturée 70 DH et un aller-retour centre ville/Dar Bouazza la bagatelle de 320 DH. Des tarifs coquets !

… et premium

Pratique4
Commander un véhicule sur les sites Web ou les applications mobiles des leaders du marché du VTC relève de la simple formalité. Les interfaces sont intuitives au possible !.

Les usagers de cette nouvelle solution de mobilité urbaine y trouvent leur compte, cependant. Surtout en matière de confort et de standing ! A Casablanca plus que dans les métropoles les plus avancées, à cause de la vétusté des véhicules constituant le parc de petits et grands taxis, mais aussi du manque de professionnalisme de certains taxi-drivers, encore plus imbuvables que Robert De Niro/Travis Bickle dans le chef-d’œuvre éponyme de Scorsese !

Les VTC qui arpentent les rues de Casa sont généralement des monospaces ou des SUV plus ou moins cossus (Mercedes Viano, Ssangyong Stavic, etc.) et récents. Ça change des antédiluviennes 205 et autres Uno, du taxi de prolo… Par ailleurs, les entreprises les plus sérieuses du marché offrent à leur clientèle un service personnalisé de qualité à bord de ces véhicules (bouteilles d’eau, connexion Internet, chargeurs pour smartphones, etc.). Le client a aussi la latitude d’utiliser le système multimédia du véhicule en y faisant jouer sa musique (via Bluetooth, prise jack ou port USB).

Non, vraiment, en matière de confort, il n’y a pas photo entre le VTC et le taxi. En termes de sécurité aussi. Finies les quêtes nocturnes, dans les rues interlopes de Casa. La clientèle la plus exposée (femmes et enfants, personnes à motricité réduite, etc.) doit probablement prier le ciel pour qu’échoue la tentative de la Wilaya de Casablanca de couper l’herbe sous le pied d’Uber et des TPME de chez nous spécialisées dans le VTC. Les autorités locales ont conduit une action en justice contre la division locale de la transnationale californienne.

VTC vs la Wilaya

Dans cette affaire, la ligne de défense d’Uber est claire : la firme se présente comme étant un «simple intermédiaire». Son activité ne peut être taxée d’illégale et n’a besoin d’aucun feu vert des autorités puisqu’elle se résume à un partenariat entre, d’un côté, une start-up qui gère un site Web et une appli, et, de l’autre, des chauffeurs, qui disposent des autorisations ad hoc (permis de confiance pour les anciens taxis ou autorisation de transport touristique).

Comme un peu partout dans le monde, les autorités compétentes et les professionnels «historiques» voient d’un mauvais œil la montée en puissance du VTC. Après une bataille juridique de longue haleine, Uber a été interdit d’exercer des activités de VTC en Allemagne, en Autriche et dans une ribambelle d’autres pays. Quel sort la Justice marocaine réserve-t-elle à cette firme ? Affaire à suivre…

Khettafa 2.0…

Pratique*

Au Maroc, l’offre VTC est également assurée par des auto-entrepreneurs. Au black ! Sur les réseaux sociaux ou les sites d’annonces, certains automobilistes essaient d’arrondir leurs fins de mois en publiant des petites annonces de VTC. Des Khettafa 2.0, en quelque sorte ! «C’est pour payer le crédit de ma voiture que je racole sur Internet, que je propose ma bagnole et mes services… Mes clients ? Des hommes d’affaires, essentiellement. Je travaille la nuit parce que j’ai un autre job le jour», indique l’un d’eux, contacté par nos soins (son 06 traînait sur Avito.ma). Quand sa voiture, une Renault Fluence, sera remboursée intégralement, notre bonhomme compte passer à la vitesse supérieure. «Ma prochaine voiture sera une VW Passat ! Elle plaira davantage à ma clientèle d’affaires… Un jour, un passager américain m’a demandé si j’avais le Wi-Fi ? J’ai failli m’étouffer de rire !».