Edito :
L’art de tripatouiller

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Après un débrayage d’un peu plus d’une semaine, les professionnels du transport ont finalement «repris la route». Ils ont, entre temps, réussi à geler une bonne partie de la chaîne logistique, à perturber entièrement les flux routiers, et même à remettre en branle les accords relatifs à la réglementation de la charge utile autorisée. Chapeau ! Si courte et brève soit-elle, cette grève, sans commune mesure avec les précédentes, s’est voulue la plus marquante, la plus retentissante et la plus cruelle, compte tenu de l’ampleur des dégâts produits sur des pans de l’économie nationale, et, surtout, du malaise ressenti par de nombreux citoyens marocains qui en ont largement fait les frais. La flambée des prix de quelques produits alimentaires n’est que la simple illustration de ce que peut susciter l’ire des consommateurs et des commerçants, à la fois.

D’un autre côté, il faut avouer que la raison, la prétendue raison, du débrayage n’en demeure pas moins compréhensible. Les transporteurs craignent que la hausse constante des tarifs à la pompe ne continue à effriter leur recette, déjà mal-en-point, voire à menacer littéralement la pérennité de l’activité pour certains. Nul ne peut rester indifférent à une telle situation fort compromettante, sauf que les moyens qui y ont été mis en œuvre et les méthodes pratiquées ne remportent plus l’adhésion. Pour mettre à genoux les autorités, oui, le mot n’est pas très fort, les syndicats des transporteurs n’ont pas hésité à bloquer les accès aux marchés de gros des plus grandes villes du Royaume, privant ainsi toute une population de se procurer des produits essentiels à sa survie et des milliers de commerçants d’exercer leur métier en toute quiétude. Et ça marche bien !

Après une courte durée de tergiversations, les responsables des ministères du Transport et de l’Intérieur ont fini par céder sur le sacrosaint des lois du transport, à savoir autoriser les camions, dont la capacité de chargement s’étend de 3,5 à 19 tonnes, à dépasser la charge réglementaire. Et ce n’est pas fini, d’autres revendications ont été mises sur la table des négociations, telles que le coût de la formation pour l’obtention de la carte professionnelle (entre 4 000 et 8 000 DH)…

De son côté, le syndicat de transport des voyageurs a conclu un accord avec le gouvernement, qui mettrait fin aux sanctions administratives introduites par la loi 116-14 actualisée le 11 août 2016. Lesquelles seront remplacées par la première mouture du Code de la route, celle de 2010, bien plus clémente. Sans oublier d’autres revendications encore plus stupéfiantes, telles que la révision à la hausse de la vitesse maximale sur les routes et l’allégement des conditions de retrait de la carte professionnelle.

Tout compte fait, deux enseignements se dégagent du bras de fer opposant les transporteurs au gouvernement. Le premier : les lois, en rapport avec le transport routier, peuvent être tripatouillées selon les intérêts d’une communauté (transporteurs), au détriment de la sécurité de l’ensemble des usagers de la route. Le deuxième est encore plus alarmant : le gouvernement continuera à colmater les brèches de la paix sociale, sans jamais intervenir dans l’insupportable hausse des tarifs des carburants. Quant à oser mettre de l’ordre sur les routes…