Bentley Continental Supersports :
Puissance, en effervescence !

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Ce millésime 2017 apporte son lot de perfs. Sa puissance progresse jusqu’à 710 ch, ce qui permet d’enregistrer une Vmax de 336 km/h et de pulvériser le 0 à 100 km/h en 3,5 s au lieu de 3,9 s. Photo: James Lipman / jameslipman.com

Toujours plus, telle est la devise des firmes sportives en termes de puissance. Le coupé Conti Supersports a bel et bien franchi la barre des 700 ch, mais de là à prétendre au statut de supercar, il lui reste encore du chemin à faire. Explications.

Depuis son lancement en 2003, la Bentley Continental suit invariablement son bonhomme de chemin existentiel. Dans un ordre bien figé, c’est toujours le coupé GT qui ouvre le bal, bientôt suivi par la version cabriolet GTC. Ensuite, Bentley appose sur ces deux carrosseries la désignation Speed, comme distinction de mérite sportif, avant qu’elles n’en soient finalement auréolées du plus haut insigne Supersports. La deuxième génération de la Continental, parue en 2010, ne déroge point à ce cycle de vie, dont l’épilogue vient d’être signé par la variante Supersports, époustouflant coupé 4-places qui redéfinit les standards du Grand Tourisme et de la sportivité débridée. En toute évidence, ce millésime 2017 apporte son lot de perfs. Sa puissance progresse jusqu’à 710 ch (soit 80 ch de plus que sur l’ancien modèle), ce qui permet d’enregistrer une Vmax de 336 km/h et de pulvériser le 0 à 100 km/h en 3,5 s au lieu de 3,9 s. De quoi damner le pion à son ennemie désignée la Ferrari GTC4 Lusso (325 km/h) et prétendre, en toute légitimité, au statut de coupé 4-places le plus rapide de la planète.

Bien sûr, cet exploit n’est pas le fruit du hasard, il passe plutôt par la sophistication du vénérable bloc maison, le W12, dont le volume décuplé des 2 turbocompresseurs contribue généreusement à améliorer la combustion. Mais aussi par l’efficacité de la transmission intégrale qui envoie la puissance aux 4 roues motrices selon une répartition de 40% à l’avant et 60% à l’arrière. Et puis, n’oublions pas que la nouvelle venue, contrairement à sa devancière, n’a pas sacrifié les sièges arrière, donc elle ne boxe plus dans la catégorie des Lamborghini Aventador (voir Autonews n° 188) et autre Ferrari F12.

Pour le coup, Wolfgang Dürheimer, président-Directeur général de Bentley Motors, a saisi l’occasion pour faire encore monter les enchères en déclarant : «Le nom Supersports est légendaire chez Bentley. Il a toujours été synonyme de passion et d’exaltation, depuis le tout premier modèle des années 1920, en passant par la Continental Supersports de 2009 et jusqu’à aujourd’hui, avec la troisième héritière de cette lignée emblématique.

Bentley est la seule marque capable d’une telle alliance de performances automobiles et de luxe absolu». Difficile de le contredire !

Bentley Continental GT SupersportsPhoto: James Lipman / jameslipman.com

Carbone en profusion

Le look d’enfer du nouveau coupé Supersports fait globalement référence à la mouture précédente, mais le traitement spécifique de quelques détails franchit encore un cap dans la démesure. Un œil exercé constate d’emblée l’apparition de discrètes lèvres en fibre de carbone sur le bouclier avant dont l’ouverture des prises d’air est considérablement revue à la hausse, de nouvelles extensions de bas de caisse également en fibre de carbone, ainsi qu’une inédite sortie d’échappement à forme ovale. Ajoutez à cela un immense becquet surplombant le diffuseur arrière et, esthétiquement, on obtient une ligne ultra-aérodynamique. Cette nouvelle parure est davantage mise en valeur par des blocs optiques de couleur foncée, assortis à la finition noire de la calandre avant, des poignées de porte et des encadrements de vitre. Pour le reste, le monogramme Supersports est ostensiblement gravé sur les jantes 21 pouces, et même le capot moteur n’a pas échappé au rappel de ce patronyme que l’on retrouve presque partout sur la carrosserie et à l’intérieur.

Si le design extérieur tient manifestement à attirer les regards, l’accastillage intérieur, aussi fastueux qu’exubérant, porte les marques du légendaire accueil à l’«anglaise». Ici, les passagers se sentiront dans un salon meublé de sièges en Alcantara et de panneaux de portières capitonnés. Et pour accentuer le cachet aristocratique, la planche de bord à damiers, moulée en fibre de carbone, se fait combiner au volant Supersports et au levier de vitesse, tous deux recouverts d’Alcantara… Mais, surtout, ne vous fiez pas uniquement aux apparences, car Bentley a bel et bien fait évoluer la Continental Supersports. Les inédits changements stylistiques ne sont qu’un prétexte qui accompagne d’énormes progrès techniques.

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La vieille marmite

En raison des nouvelles normes de pollution, nous tremblions à l’idée de voir sous le capot du bolide britannique quelque V8 ou V10 d’origine Audi. Pour mémoire, Bentley et Audi appartiennent au même groupe Volkswagen, d’où la décision, en 2013, de mettre sous le capot de la Continental GT un 4.0 litres V8 issu de l’Audi S7, downsizé de surcroît. Inutile de rappeler que plusieurs fans de la firme de Crew avaient grincé des dents en découvrant ce cœur germanique dans un jardin anglais. Heureusement que le constructeur allemand a choisi la voie de la noblesse en reconduisant le bon vieux 12-cylindres en W. En fait, ce bloc a subi un paquet d’améliorations contribuant à parfaire son rendement, au gré du nouveau système de calage variable à faible charge.

Mais la palme de l’efficacité revient aux nouveaux turbocompresseurs, dont la température de fonctionnement à plein régime peut atteindre les 1 000 °C, autorisant ainsi la cavalerie phénoménale de 710 ch.

Supersports 5Nimbé d’un tel exploit thermodynamique, le constructeur anglais s’amuse à faire des comparaisons un peu délirantes, en déclarant : «A pleine puissance, la Continental Supersports inhale plus de 500 litres d’air par seconde, soit l’équivalent de la respiration de 1 000 personnes». Pas mal, la vanne ! A force de se faire larguer par Ferrari et Lamborghini, Bentley n’a pas raté l’occasion de sortir les violons !

Qu’importe, le W12 mérite bien des éloges non seulement pour le système d’admission, mais aussi pour celui du refoulement qui fait appel à un échappement en titan, matière appréciée en industrie automobile pour sa résistance aux contraintes thermiques et, surtout, pour sa légèreté exceptionnelle. Pour autant, ne croyez pas que les quelques kilos gagnés ici et là parviendront à baisser l’embonpoint de la bête, 2 280 kg au bas mot. Une chose est sûre, faire d’un coupé de plus de 5 m de long et presque 2,3 tonnes un engin capable de titiller les 336 km/h n’est pas un sport d’amateurs, et là, il faut bien reconnaître que les ingénieurs de chez Bentley jouent dans la cour des grands. Enfin, pour gérer ce surcroît de puissance, la Conti fait appel à la boîte auto robotisée à 8 rapports, qui travaille de concert avec la transmission intégrale. Cette architecture, typée propulsion, privilégie plutôt le train arrière (60% de couple) en conditions normales d’adhérence à la chaussée, ce qui permet, sur le papier, d’atteindre le 0 à 100 km/h en à peine 3,5 s.

En définitive, Bentley a bel et bien réussi à donner de l’allure et du caractère à la nouvelle Continental Supersports, mais pas vraiment à abaisser son poids prohibitif, ce qui risquerait, aux termes d’essais réels, de faire revoir les chiffres impressionnants de ses performances annoncées. Wait and see !