M3, une lettre et un chiffre qui suffisent à évoquer sportivité et puissance chez BMW. Comme on pouvait s’y attendre, le coupé Série 3 a fait un petit détour par les ateliers de Motorsport, la division sportive de la marque à l’hélice, pour y revêtir une combinaison taillée à sa mesure. Un look ravageur et un moteur détonnant capable d’atteindre les 8400 tr/mn ; le plaisir atteint ainsi son paroxysme, la mécanique et la technologie leur point d’orgue.
Elle s’est fait désirer mais le jeu en valait la chandelle : la nouvelle M3 (nom de code : E92) vient bousculer l’univers des berlines sportives. Quatrième génération d’un concept créé il y a plus d’une vingtaine d’années, ce nouveau rase- bitume griffé M place la barre plus haut avec de prime abord une plastique ravageuse et surtout un V8 de
4,0 litres écumant 420 ch. Hélas, le merveilleux six-cylindres en ligne plusieurs fois primé «Engine of the Year», qui équipait la génération précédente a donc tiré sa révérence après 15 ans de bons et loyaux services. Selon les ingénieurs, vouloir tirer toute la quintessence de ce bloc, donc en augmenter sa puissance, aurait été périlleux, notamment en matière de fiabilité. D’où le passage au V8, un bloc dérivé des actuelles M5/M6 auquel deux cylindres ont été supprimés. À bien y regarder, cette nouvelle architecture moteur et le gain de puissance qui va avec sont indispensables au regard de ce que propose la concurrence. Comment faire autrement quand on sait que les principales concurrentes de la M3, allemandes pour la plupart, sont déjà passées à l’acte. Exceptée la Porsche 911 Carrera S, fidèle au six-cylindres à plat de 355 ch,
l’Audi RS4 dispose elle aussi d’un V8 de 420 ch ; idem pour
la Mercedes C 63 AMG dont le V8 frise les 460 ch. Evidemment, Munich est resté fidèle au moteur atmosphérique où la puissance s’exprime par des régimes de rotation capables d’affoler tout compte-tours normalement constitué.
8400 tr/mn sont fièrement annoncés, avec en prime une sonorité démoniaque. Il va sans dire que les évolutions ne concernent pas seulement la carrosserie et le moteur puisque la M3 dispose aussi de nouveaux trains roulants allégés, d’un nouveau paramétrage électronique de la gestion du moteur, de l’assistance de direction et de l’amortissement, entre autres. De nombreux raffinements faisant de cette sportive une voiture d’exception.
Esthétique
Il ne fait aucun doute que l’esthétique de la M3 ne laisse pas indifférent. La carrosserie est faite de lignes saillantes et musculeuses lui conférant une allure très athlétique. En attestent ses énormes boucliers intégrant des entrées d’air gigantesques, ses «ouïes» intégrées dans les panneaux latéraux avant et ses bas de caisse spécifiques. Sans oublier cette énorme bosse sur le capot surnommée «Power Dome», une protubérance laissant suggérer la déferlante de puissance qui règne sous son capot.… Bref, l’attirail du parfait petit guerrier. Tout comme l’exclusive M3 CSL (E46 pour les puristes) et le coupé M6, la M3 reçoit un toit en fibre de carbone de 5 kg plus léger qu’un toit en acier traditionnel. De profil, on apprécie les jolis rétroviseurs bicolores affinés à l’aide d’une double branche du plus bel effet et les jantes de 18 pouces. Enfin, l’arrière ne laisse pas indifférent avec une lèvre aérodynamique discrète sur la malle, sans oublier le diffuseur disposé au-dessus des quatre sorties d’échappement. Un look particulièrement bien réussi.
Vie à bord
Matériaux de qualité, assemblage soigné… l’habitacle ne déroge pas aux standards du constructeur. En effet, le cuir, l’aluminium et quelques trames de carbone viennent égayer la vie à bord. On apprécie le traitement spécifique des formes et couleurs sur le revêtement intérieur des portes ainsi que les bandeaux décoratifs M exclusifs qui viennent orner les seuils de portes. Tout comme les caches de marchepieds parés du logo M et le repose-pied gauche en métal brossé côté conducteur qui apportent la touche finale de sportivité à bord. Les passagers avant sont plutôt bien lotis, en particulier le conducteur qui jouit d’un siège-baquet aux multiples réglages électriques. L’instrumentation est ergonomique à souhait : compteur gradué jusqu’à 330 km/h, zone rouge débutant à 8250 tr/mn, volant M gainé de cuir… Un mot sur l’habitabilité aux places arrière qui s’avère satisfaisante pour deux passagers, le constructeur munichois préférant condamner l’assise centrale et la remplacer par quelques espaces de rangements. Au passage, on épinglera l’accoudoir central qui nous a déçus par son ergonomie approximative. L’œil averti remarquera autour du levier de vitesses la présence de trois boutons portant les mentions suivantes : Power, EDC et DSC Off. Rien de bien sorcier, il s’agit d’aides précieuses à la conduite. Explications : la touche Power permet au conducteur d’enclencher un mode plus agressif de la gestion du moteur et de l’assistance de direction, un logiciel qui explique toute sa raison d’être dès que l’envie vous prend de vous lancer sur route sinueuse ou sur circuit. Le bouton EDC (Electronic Dampfer Control bien connu des Série 7 et autres M5/M6) permet de choisir entre plusieurs lois d’amortissement («Normal», «Confort» et «Sport») grâce à la nouvelle suspension pilotée proposée en option. Enfin, le DSC Off offre la possibilité de déconnecter le contrôle de stabilité. Une fois vos réglages effectués via l’I-Drive, la touche M Drive placée à portée d’index sur le volant vous permettra, d’une simple pression du doigt, de disposer rapidement de ses réglages préalablement enregistrés.
Sous le capot
Comme on pouvait s’y attendre, le nouveau V8 a fait l’objet d’une attention toute particulière de la part des ingénieurs, un vrai travail d’orfèvre. Si l’on en juge par les matériaux ayant servi à la conception de ce bloc, tout a été fait afin de l’alléger au maximum. Ainsi, le carter moteur étrenne un alliage spécifique, tout comme les pistons, les bielles et les trompettes d’admission. Non seulement tous ces éléments permettent au moteur d’atteindre des pressions de combustion élevées, mais ils lui confèrent dynamisme et tonicité avec en prime 77 ch de plus que le six en ligne. Comme c’est le cas sur les dernières générations de moteur BMW, le V8 dispose aussi du système de distribution variable (double VANOS), une technologie améliorant la puissance, le couple et la réponse du moteur tout en exerçant une influence positive sur la consommation de carburant et les émissions polluantes. Cerise sur le gâteau : une version dite basse pression du double VANOS a été spécialement développée pour le huit-cylindres. Du coup, ce bloc se distingue par une réponse à l’accélération immédiate à bas régimes et assure à la voiture une réaction rapide dès que le pied droit appuie énergiquement sur l’accélérateur.
Sur la route
Une bonne pression sur l’accélérateur, et en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, nous voici catapultés dans les hauteurs de la Sierra de Ronda dans le sud de l’Espagne, le lieu rêvé pour une prise en main de cette bestiale M3. Attention, un accélérateur à ne pas mettre sous toutes les semelles, car si vous avez le pied lourd, l’idée de voir le compte-tours dépasser les 6000 tr/mn pour se nicher à 8200 tr/mn risque de vous surprendre. Pied au plancher, les 420 ch font parler la poudre : accélération de 0 à 100 km/h en 4,8 secondes et le 1000 D.A est exécuté en moins de 23,5 secondes.
Les montées en régime sont exceptionnelles, tout comme les relances qui ne manquent pas de tonus. La boîte de vitesses à six rapports est bien étagée, on serait même tenté de dire que les cinq premiers rapports dans le cas présent suffisent amplement à propulser l’auto pour atteindre allègrement les 200 km/h. À moins d’enlever la bride (fixée à 250 km/h) pour savoir ce que la M3 a réellement dans le ventre si le sixième rapport est enclenché. N’ayons pas peur des mots, le comportement dynamique de la M3 est irréprochable : la motricité semble au rendez-vous grâce à l’autobloquant M Variable, ce dernier produisant un couple de blocage pouvant atteindre 100 % et assurant ainsi une motricité optimale sur tous les revêtements routiers. Ainsi, la M3 se veut une véritable négociatrice en virages. Encore faudra-t-il trouver les bons réglages grâce aux possibilités qui sont offertes via les assistances à la conduite. Bien campé sur ses larges pneus de 18 pouces et ses suspensions adaptées, l’équilibre est sans faille, malgré le poids important de l’auto qui dépasse tout de même 1,5 tonne, avec précisément 1655 kg annoncés, contrairement à la génération précédente qui affichait sur la balance 1495 kg.
Sur circuit
Possibilité nous a été offerte de découvrir tout le potentiel de la M3 sur circuit. Avec quelques réglages appropriés à notre convenance (EDC réglé en amortissement Confort, ce qui a l’avantage d’être souple en conduite normale et de se durcir dès que l’on hausse le ton en conduite sportive, Power en position Sport Plus, assistance de direction en mode Sport, ce dernier permet d’avoir une direction plus franche et plus précise et DSC déconnecté), vous comprendrez qu’une auto de ce type peut aussi se conduire de manière à la mettre en glisse. Encore faut-il vraiment la pousser dans ses derniers retranchements.
Au chapitre des critiques, l’endurance des freins ne nous a pas paru convenir parfaitement aux performances de l’auto. Peut-être est-ce dû au système de freinage de la M3 qui, si l’on en croit le constructeur, a été revu et amélioré ! Malgré tous les bons arguments de la marque concernant la conception avantageuse de ce système, on remarque que la concurrence est à même de proposer un système de frein en céramique beaucoup plus endurant avec une puissance de freinage beaucoup plus élevée. Un point négatif qui ne saurait dissimuler les excellentes qualités de la nouvelle BMW M3.
Au final
Incontestablement, la nouvelle M3 prend avec assurance la relève de ses prédécesseurs grâce à son nouveau V8 au caractère rageur, son comportement routier efficace procurant des sensations hors du commun et sa ligne à couper le souffle. Elle perpétue les sensations connues à l'époque des possesseurs des E30, E36 et E46. Plus bestiale, toujours aussi rebelle, la nouvelle M3 figure parmi les berlines sportives les plus explosives du segment. Un véhicule qui devrait faire son apparition prochainement dans le Royaume et qui devrait probablement se rapprocher du million de dirhams.